Peu suivies, la manifestation et la grève de la fonction publique contre la réforme des retraites ont réuni environ 1500 personnes. Même bas, le chiffre laisse pantois.
Selon la métaphore du président des socialistes vaudois, «la Caisse de pensions de l'Etat de Vaud était une Rolls, elle devient une Mercedes». Ce changement de marque coûte à l'Etat 2,7 milliards de francs, contre un effort évalué à 1,8 milliard demandé aux fonctionnaires. Les contribuables du canton passeront donc à la caisse pour assurer la pérennité de la «Rolls» déclassée. Cette contribution est imposée à des personnes qui ont bien souvent vu leurs propres conditions de retraite amputées en raison des aléas boursiers et du vieillissement de la population.
Il eût mieux valu, comme le fait la Fédération des sociétés de fonctionnaires, s'incliner après avoir obtenu de notables concessions. Les deux autres faitières syndicales ont préféré afficher leur mauvaise humeur. Elles semblent indifférentes à l'image désastreuse qu'elles donnent ainsi de la fonction publique.
Pourtant, s'ils doivent consentir des pertes, les employés de l'Etat ont sauvé l'essentiel: ils conservent le système de la primauté des prestations. Cet avantage est devenu une rareté en Suisse. Il permet aux assurés de voir le montant de leurs rentes futures garanti.
Lorsque les fonctionnaires défilaient dans les années 1990 contre les programmes d'écononies, ils assuraient défendre le service public. Lorsqu'une partie d'entre eux militaient contre la grille salariale, ils pouvaient encore mettre en avant l'exemplarité des conditions de travail dans le public.
Aujourd'hui, les protestataires ne songent qu'à leur porte-monnaie. Pour eux, l'Etat n'a qu'à mettre encore davantage d'argent dans l'affaire. Ils ne peuvent plus plaider l'exemplarité. Juste exiger de rester une exception, sans lien avec la réalité démographique et économique.